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2003 – 2004

Septembre 2003

Parlons eau

LES QUESTIONS
1. L’eau est– elle un droit ? L’eau patrimoine de l’humanité dont   la préservation et la répartition relèveraient d’institutions supranationales.

2. L’eau est–elle un besoin ? L’eau  bien négociable dont l’exploitation et la distribution relèveraient des seuls capitaux privés.

3. A qui appartient l’eau ?

a) Qui de l’Etat ou de particulier a droit de gérer et exploiter  :

Les eaux de surface sources, rivières, fleuves et lacs ? Les eaux souterraines ?

b) S’agissant d’un fleuve :

Où doit s’établir le droit de contrôle et de régulation : en amont ? en aval ?

Revendiquer comme le font certains états le contrôle des eaux prenant source sur leur territoire c’est établir le pouvoir en amont, la dépendance en aval.

Convention de 1997 sur l’utilisation des cours d’eau internationaux et règles de bon voisinage. On ne puise pas impunément dans les sources ou les lacs du voisin.

–      Accords trans–frontaliers (Etats–Unis/ Canada– Grands Lacs ; Etats Unis/ Mexique– Colorado/Rio Grande)

–      Accords trans–nationaux (Danube,Turquie– les eaux de la Manavgat/Egypte, Lybie, Jordanie, Grèce)

 

4. Pratique

Comment administrer les droits de pompage, de transport, d’assainissement ?

Comment financer les installations ?

Comment gérer les coûts d’exploitation ?

Faut–il céder l’exploitation et la commercialisation aux capitaux privés ?

–      Un marché de 200 Mia de dollars sur 10 ans selon les spécialistes en investissements

–      Danone, Coca Cola, Pepsi Cola, Vivendi

–      Au Mexique les permis d’exploitation des puits s’adjugent aux enchères

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PETITE ARITHMETIQUE

a) Supposons dix seaux de 10 litres d’eau alignés devant nous. Sur ces dix seaux

L’agriculture en utilisera 7 pour ses besoins

L’industrie 2

1 seul revient à la consommation domestique.

 

b) 1 être humain a besoin de 20 litres d’eau pour survivre. En dessous de 20 l on passe en situation de stress hydrique. Le cas actuellement de plus d’un milliards de personnes.

Il faut 750 l d’eau pour fabriquer une rame de 500 feuilles de papier.

De quoi couvrir le minimum vital d’un être humain pendant 37 jours

c) Il faut 4500 l pour produire 1 kg de riz, 1500 l pour 1kg de blé.

On utilise 35000 litres d’eau pour fabriquer une voiture / c’est à dire autant qu’il en faut pour produire 8kg de riz ou 25 kg de blé.

L’AVENIR

a) Sans épuration, sans mesure d’assainissement , pas d’eau potable, engrenage des épidémies.

1,5 Mia. d’habitants n’ont pas accès à l’eau potable. Si rien n’est fait ils seront 2 fois plus en 2025.

b) Sans eau pas de blé, pas de riz

D’où une dépendance alimentaire des pays en situation de déficit hydrique. C’est le cas de l’Egypte, de l’Iran (40%), Algérie (70%)des pays où la population aura doublé dans les 20 années qui viennent.

c) Sans eau pas de survie or changement climatiques, surexploitation, les réserves diminuent.

–      Selon les experts d’ici à 2025 les réserves en eau douce de la planète seront passés de 9m3/ jour en 1960 à 2 m3/jour par habitant – entendre pour : pour l’agriculture, l’industrie et l’usage domestique ( !!!!) –

–      Les eaux des Grands Lacs américains ont atteint leur niveau le plus bas depuis 40 ans.

–      1 habitant dans le monde sur 3 dépend dès à présent des eaux de forage.

d) Sans eau pas de survie mais les besoins augmentent

(+40% dans les dix ans à venir selon les experts) et malgré les leçons du passé les programmes actuels vont plutôt dans le sens du TOUJOURS PLUS

+ de terres agricoles (comment nourrir les gens ? )

+ d’énergie hydraulique (comment soutenir la production industrielle ? )

(22 barrages et 19 centrales hydroélectriques en Anatolie sous l’égide du Département turc de l’Energie Hydraulique)

+ de confort (comment alimenter les villes ?)

Les conflits se multiplient et ajoutent aux risques d’embrasement politique.

–      Liban, Palestine, Syrie, Jordanie disputent à Israël le contrôle et l’exploitation des eaux du Jourdan et son principal affluent le Yarmuk.

–      Tensions avec l’Iran et la Syrie suite aux barrages turcs construits sur l’Euphrate et le Tigre

LES SOLUTIONS
a) Techniques

Construire des barrages : déplacement massifs de populations privées de terre et de travail.

(en Inde, en Chine, Ilisu sur le Tigre en territoire kurde)

Détourner, canaliser les fleuves : assèchement des estuaires.

Multiplier les stations de pompage, perfectionner les techniques de pompage : salinisation par infiltration des eaux de mer.

 b) Politiques

Multiplicité des organismes, instituts d’étude et de projective, des rapports, des déclarations.

Le problème n’a pas de frontière. Tout le monde est concerné ( ne pas dire c’est chez les autres !).

Une organisation mondiale de l’eau ? Mais sous quelle tutelle ?

c) Impopulaires

Contrôle démographique

Maîtrise de l’urbanisation et de la consommation des biens matériels

(choisir entre pâte à pain et pâte à papier)

Augmentation du prix de l’eau

Contrôle de la consommation et des prélèvements (instituer des quotas)

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Décembre 2004

Entropie démocratique

Entropie… A l’origine du mot, un principe de thermodynamique énoncé au 19è siècle selon lequel :

1-     dans un système fermé, c’est à dire tenu à l’écart de toute intervention extérieure, tout processus de transformation de l’énergie calorique en travail absorbe une part non récupérable  de  l’énergie initialement fournie.

2-     en résulte une diminution progressive  de la quantité d’énergie réutilisable pour la poursuite du processus. Cette dégradation,  ou entropie, est irréversible.

3-     l’entropie est au maximum, lorsque le  processus de transformation s’interrompt.

Mesurer l’entropie revient donc à déterminer  le degré de détérioration du capital énergétique d’un système et donc à dresser les courbes, graphiques ou  statistiques  représentatifs de sa capacité à fonctionner.

Reprises par les travaux d’Henri Poincaré (F – 1854-1912 La science et l’Hypothèse) et d’Isaac Asimov (USA 1920-1992. Vie et énergie, Les origines de la vie) les lois de la thermodynamique et leurs applications mathématiques, ont aujourd’hui  débordé le cadre de la mécanique statistique et de la cinétique (étude des corps et particules en mouvement)  pour trouver leur application dans des domaines aussi divers  que l’astronomie, la biologie, ou les sciences de la communication ou de l’information. Il est désormais admis que :

1.      tout système, qu’il relève du vivant aussi bien que de la chimie, du social du politique ou autre domaine est ordonné :

2.      tout système ordonné est en mouvement et en cela  promis à la désorganisation.

dans tout système livré à lui-même :

a. l’entropie tend naturellement vers un maximum.

b.tout ordre évolue spontanément dans le sens du désordre , le stade ultime de cette évolution étant le chaos.

Qu’il s’agisse de désordre ou détérioration ne fait pas différence.   A défaut d’une compensation régulière de la déperdition d’énergie, nul  système ne peut se maintenir indéfiniment en état de marche.

Le propos ici étant de se demander dans quelle mesure ces lois trouvent leur application dans le système démocratique. Une démarche qui  suppose d’étudier  la conception de la machine, d’analyser la manière dont elle exploite et transforme, épuise l’énergie impulsée dans ses canaux. Une démarche qui, ne saurait prétendre cerner en quelques pages l’ensemble des facteurs aggravants ou modérateurs du processus et s’oblige  par conséquent à soulever modestement le débat.

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Merveilleuse machine en effet que la machine Démocratie dont on assure  à l’envi depuis La Fayette, Condorcet et  Mirabeau, qu’elle est seule à même de générer  tous les ingrédients nécessaires au bonheur des peuples : la liberté, l’égalité, et, par dessus tout, la capacité de se gouverner par eux-mêmes au mieux de leurs aspirations. A l’origine de l’appareilun généreux et bel idéal, une  vision toute particulière  de la société des hommes qui, à en croire un certain George Bancroft, (Historien américain, 1800-1891, Histoire des Etats Unis) serait comme la mer, composée « d’atomes libres, distincts et en perpétuel mouvement, en interaction permanente… de telle manière que les institutions et les lois du pays sont finalement l’émanation de la masse des pensées individuelles  qui comme les eaux de l’océan roulent encore et encore ».

Moteur du système, le contrat social né de ce que les « hommes ne peuvent engendrer de nouvelles forces mais seulement unir et diriger celles qui existent » et se voient pas conséquent dans l’obligation « de former par agrégation une somme de forces qui puisse l’emporter sur la résistance, de les mettre en jeu par un seul mobile et de les faire agir de concert … de  trouver une forme d’association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé et par laquelle, chacun s’unissant  à tous, n’obéisse pourtant qu’à lui-même et reste aussi libre qu’auparavant » (J.J Rousseau le Contrat Social, Livre I, Chap.VI Introduction Pleiade p.378)Un pacte  scellé  sur l’antique  principe athénien du gouvernement direct du peuple par le peuple, lequel reconnaît à quiconque est  reconnu citoyen, à savoir membre  de la cité, le  droit de proposer, discuter et voter les  lois applicables à tous.

L’énergie enfin. La volonté d’union  entre individus à la fois actifs parce que souverains dans leurs  aspirations et passifs parce que soumis aux décisions du plus grand nombre.

Au résultat, un agencement qui, à  en croire déjà Platon et Cicéron, ne pouvait qu’engendrer la tyrannie de la majorité et donner imprudemment des prérogatives à des individus incapables de les assumer. Une méfiance ouvertement formulée par nombre de députés de la République de l’An I « le peuple seul a le droit de se constituer mais n’en a pas le talent. Il doit donc confier une partie de son droit à ceux qui en ont le talent » (Jacques Pierre Brissot de Wateville- Député Girondin guillotiné en 1793), clairement exprimée  par  les pères fondateurs américains « toute communauté se partage entre l’élite et la multitude. La première se compose de gens riches et bien nés, la seconde de la masse du peuple. La voix du peuple a été considérée comme la voix de Dieu et, bien que cette maxime soit régulièrement reprise et généralement admise, elle n’est pas fondée dans les faits. Le peuple est agité et versatile, ses jugements et ses décisions sont rarement justes. Il faut donc concéder à la première catégorie un rôle spécifique et permanent dans le gouvernement des affaires »  (Alexander Hamilton 1757.1804, aide de camp et conseiller de Georges Washington, rédacteur de la Constitution américaine. Ref. Howard Zinn,  Une histoire populaire des Etats Unis Agone p115). Un postulat, pourrait-on dire, prestement rappelé par Jean-Pierre Raffarin, selon qui «  La politique ne se fait pas dans la rue ». Un élitisme largement revendiqué dans les rangs de la haute bourgeoisie par des  industriels, armateurs, financiers, propriétaires terriens et autres notables  fortunés,  inquiets d’exposer leurs intérêts à l’irréflexion  de ces gens qui,  pour reprendre les termes   d’Hannah Arendt, (Hannah Arendt Une société sans classes, Le Totalitarisme Quarto Gallimard p619« soit du fait de leur grand nombre, soit pas indifférence, soit pour ces deux raisons, ne peuvent s’intégrer dans aucune organisation fondée sur l’intérêt commun ». Autrement dit, la masse,  dont il importait de  canaliser les bouillonnements.  D’où  le sas de gouvernements légitimement élus et décrétés garants des droits et libertés de chacun. D’où le soin mis à soutenir les ambitions  d’une classe moyenne soudée par le souci de se démarquer des plus modestes par  une prospérité laborieusement acquise.   D’où la création  d’un corps de hauts fonctionnaires, légistes ou gestionnaires, formés et sélectionnés dans les hautes écoles de l’armée et de l’administration et, par conséquent, entièrement dévoués aux attentes supérieures de l’Etat. « ce n’est pas qu’ils s’entendent entre eux et se dirigent de concert vers un même point mais la communauté des études et l’unité des méthodes lient leurs esprits les uns aux autres comme l’intérêt pourrait unir leurs volontés…on retrouve donc cachée au fond de leur âme une partie des goûts  et des habitudes de l’aristocratie. Ils ont comme elle  un penchant instinctif pour l’ordre, un amour naturel des formes ;ils conçoivent un grand dégoût pour les actions de la multitude et méprisent secrètement le gouvernement du peuple » (Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique I, De l’esprit légiste, contrepoids à la démocratie, Folio p 393)

Sage précaution  pour qui estimait essentiel de préserver la nation des méfaits de l’ignorance populaire. Dangereuse délégation pour qui redoutait  au détour d’un  système représentatif,  encadré par des contre-pouvoirs institutionnels non élus, la confiscation de la volonté générale au bénéfice d’une coalition d’intérêts privés, la prolifération des  germes d’une dangereuse dérive totalitaire. Entre les deux, le combat des foules  autorisées enfin à  faire entendre leur voix et décider de leurs destinées.

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Certes,  pour nombre de pays, l’attente a été déçue. Les privilèges de naissance et de fortune ont résisté aux tentatives de démocratisation. Les rivalités claniques et ethniques, les nationalismes étroits ont accouché de dictatures subtilement soutenus et exploitées par des états tutélaires. Mais pour d’autres,  le paysage politique s’est transformé.  Les anciens remparts de classe se sont effondrés, donnant à chacun  pouvoir  d’ouvrir à sa guise toutes les portes  d’une existence digne et librement choisie. Des batailles se sont gagnées de haute lutte, réveillant du même coup l’illusion d’avancer sur les sentiers  d’un bien-être social sans limites. Tout est devenu possible, accessible.  Les inégalités, les manques qui hier relevaient de la fatalité sont peu à peu  devenus insupportables. Des  besoins ont surgi, aussi nouveaux que diversifiés, impérieux comme autant de droits, droits avec un D comme désirs, droits sans devoirs pour les uns mais  de plus en plus contraignants pour les autres, droits que les gouvernements, autant que les collectivités  confrontées à l’assèchement des ressources financières, s’obligent  à entériner et défendre.

Comme l’a souligné Hannah Arendt (ib. p 623)«  les majorités se sont muées en une seule grande masse inorganisée et destructrice d’individus furieux » Forcé en profondeur par  l’émiettement de la hiérarchie représentative de la société, affaibli par  l’emphase des revendications particulières et le mépris ouvert des enjeux du long terme, le système s’est peu à peu essoufflé.  La démocratie est entrée dans cette phase   de déresponsabilisation généralisée où  les hommes  « n’aperçoivent plus le lien étroit qui unit la fortune particulière de chacun à la prospérité de tous. L’exercice de leurs devoirs politiques leur paraît un contretemps fâcheux qui les distrait de leur industrie… et pour mieux veiller à ce qu’ils nomment leurs affaires, ils négligent la principale qui est de rester maîtres d’eux-mêmes» (De la Démocratie en Amérique II, Du goût des jouissances matérielles Folio  p196).

L’intérêt commun s’est dissout dans les eaux capricieuses de ce qu’un professeur de sciences politiques (Alain Gérard .Slama, La régression démocratique,Tempus) appelle « l’individualisme tribal », un  désolant bric-à-brac des cas particuliers, un maillage de regroupements communautaristes, consuméristes ou associatifs, constitués pour la protection d’une mosaïque d’intérêts identitaires ou individuels lesquels, ironie du sort, ont le mérite d’évincer la dictature de la majorité et légitimiser  voire institutionnaliser  la tyrannie des minorités, la différence faite norme, l’égalitarisme fait loi. A la rigidité des statuts et des modes de vie  du passé, a  peu à peu succédé  un état  d’instabilité généralisée, de désorganisation caractéristique d’un degré d’entropie élevé

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Aujourd’hui, l’élu n’est plus le représentant d’une quelconque vocation collective, le promoteur d’une vision d’avenir, mais le gestionnaire du feuille à feuille,  le pompier sauveteur appelé à éteindre les multiples incendies allumés par les revendications des plus petits communs dénominateurs. Aux grandes exhortations démocratiques  ont succédé les débats verbeux, les ratiocinations partisanes imbibées d’humanité, d’égalité, de liberté et  de fraternité dont, à l’heure venue des élections, on sature jusqu’à l’ennui les écrans et les micros. Aux grandes tribunes républicaines ont succédé des arènes de parade où quelques champions réputés s’affrontent ouvertement pour le pouvoir au prétexte de servir la cause des citoyens électeurs. Or, de nouveaux enjeux ont surgi démographique, sécuritaire, alimentaire, technologique, éthique, qui ne concernent plus seulement les nations constituées mais l’ensemble des individus d’une planète ouverte. Des défis grandissent en même temps qu’ils mettent en jeu l’équilibre géo-politique du passé.  Les institutions internationales bringuebalent,  balbutient, ajoutant à l’entropie interne des états. Il faut redistribuer les cartes du pouvoir, inventer de nouvelles  solutions de gouvernance. Mais que peut encore le système quand les élections affichent des taux records d’abstention et révèlent au grand jour la décomposition du tissu démocratique confié aux bons soins des citoyens ?  Comment croire que le  système peut encore avoir une   raison d’être quand on sait  que  le soin de gouverner, de préparer le long terme, de défendre les intérêts fondamentaux qui devait appartenir aux peuples, est d’ores et déjà en grande partie détourné au profit  de nouveaux pouvoirs affranchis des urnes et des isoloirs?

Car aujourd’hui les lignes décisionnelles se sont déplacées. Des conseils, des ligues, des échafaudages de sections et de départements, des réseaux internationaux de professionnels de l’économie, des sciences sociales et politiques, organisés en bureaux, comités et commissions travaillent aujourd’hui  à inspirer les politiques gouvernementales, à penser, chiffrer et réguler la vie de milliards d’individus  de plus en plus dépossédés de leurs choix de vie. « depuis quelques années des experts et des juges ont suggéré à l’Etat les moyens de peser sur les comportements et même sur les consciences, en invoquant les arguments irrésistibles de la sécurité, de la préservation de la vie, de la diminution des coûts sociaux, du respect de la différence » (Alain-Gérard, La régression démocratique, Tempus p 137).  «  En fait, quel que soit celui des partis qui se présentent aux élections et quel que soit celui qui obtient le plus de suffrages, le gagnant est toujours le même : c’est la parti invisible de la démographie » (Alvin Toffler, Les nouveaux pouvoirs, Fayard p 309) Il faudrait réveiller partout une authentique conscience de citoyen du monde. Il faudrait instruire, alerter, expliquer  qu’il ne s’agit pas, comme on veut encore le faire croire,  de répandre à la volée les mérites de la démocratie, mais d’inventer et instaurer le gouvernement du futur,   gouvernement que  lobbies militaires, cartels de la finance, intégrismes religieux et autres puissances temporelles ou séculières s’emploient déjà à verrouiller. Il y a urgence. Il y a péril car, si le monde change, si le monde a changé et continue à  changer, c’est et ce ne sera jamais que par la molle complaisance des uns conjuguée à  l’action délibérée des autres.  « Je vois, disait Alexis de Tocqueville, je vois,  une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs dont ils emplissent leur âme. Chacun d’eux, retiré à l’écart, est comme étranger de la destinée de tous les autres… au-dessus s’élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d’assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l’âge viril ; mais il ne cherche au contraire, qu’à les fixer irrévocablement dans l’enfance ; il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu’ils ne songent  qu’à se réjouir : Il travaille volontiers à leur bonheur mais il veut en être l’unique agent et le seul arbitre » (De la Démocratie en Amérique II, Du despotisme à craindre, Folio p 434).

Mais où sont les inquiétudes du présent ? Où  sont les énergies de demain ? Où sont les inquiétudes du présent en regard des  pouvoirs dangereusement faufilés sous les voiles déployés de la démocratie.
En dit long, ce  témoignage, trouvé il y a deux jours, sur le site d’une association pacifiste américaine. Après avoir constaté au distributeur automatique de billets que sa carte était bloquée, le client d’une banque qui, se voit invité par un court message électronique à prendre contact avec un agent de guichet. Il découvre, sans trop de surprise,  que l’employé est en mesure d’énumérer et décortiquer  la moindre de ses dépenses, du collier offert à sa petite amie au dernier whisky pris au pub du coin, en passant par le nom de son  libraire favori et  ceux des bienheureux politiques bénéficiaires de ses dons.  «Alors que je m’entretenais de tout et de rien avec l’employéj’ai remarqué, dit ce témoin, en bas de l’écran de son ordinateur, une petite annonce publicitaire affichée    conformément auPATRIOT ACT . Je ne me souviens pas du nom de la société à l’origine de cet encart mais une brève  recherche  par GOOGLE interposé a instantanément sélectionné les noms de quelques unes des sociétés offrant  ce genre de prestations. L’une d’elles AQUILAN propose un produit appelé AQUILAN PATRIOT MANAGER spécialement  conçu  pour assister le travail des   organismes financiers … AQUILAN PATRIOT MANAGER le meilleur outil pour se conformer aux prescriptions du PATRIOT ACT… En  recueillant l’essentiel des informations concernant les relations entre votre  clientèle et les prestataires de services, AQUILAN aident les agences et institutions financières à composer une vue à 360° des opérations effectuées qui permet de détecter les  activités suspectes et de répondre aux obligations de la loi »

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2006 – 2009

Mars 2006

De livre en livre

L’univers littéraire est inépuisable. De l’essai, au roman en passant par la poésie on ne peut tout embrasser. Pour ma part je me laisse porter, d’un auteur, d’un texte à l’autre, et plus j’avance plus je rejoins Umberto Ecco lorsqu’il écrit dans le Nom de la Rose que les livres parlent entre eux. Il suffit, en effet, de se glisser dans leur dialogue pour découvrir les multiples facettes d’une sempiternelle vision des hommes et du monde.  Tout y est dit,  redit, repensé et débattu à l’infini, comme si l’esprit humain était condamné à tourner en rond dans le  fouillis de la mémoire collective. Pour preuve, ces ouvrages de retour sur ma table de travail :

« l’Age des Extrêmes »  d’Eric Hobsbawm « Les êtres humains ne sont pas conçus pour un système de production capitaliste. Plus la technologie progresse, plus la part humaine de la production devient onéreuse en comparaison de sa composante mécanique »

« Small is beautiful » de E.F Schumacher «  L’économiste moderne en est arrivé à considérer désormais le travail comme un mal nécessaire, ou à peine plus. Pour l’employeur, c’est en tout cas un simple élément de coût qu’il convient de réduire à un minimum, faute de pouvoir l’éliminer complètement disons par l’automation »

« La fin du Travail » de Jeremy Rifkin. « Plus de 800 millions d’êtres humains sont actuellement sans emploi, ou sous-employés. Ce chiffre va  vraisemblablement grimper en flèche d’ici au tournant du siècle, car des millions de nouveaux arrivants sur le marché du travail ne trouveront pas d’emploi, victimes souvent d’une révolution technologique qui les remplace à grande vitesse par des machines dans la quasi-totalité des secteurs et des branches de l’économie mondiale »

Un même constat : en regard des innovations technologiques et les lois de la rentabilité,  le travail humain n’est qu’un facteur de coût qu’il importe de supprimer. Alors question ?  Que fera-t-on des bougres livrés à leur inutilité et l’infini de leur espace temps ?

Aldous Huxley a déjà répondu dans son introduction au Meilleur des Mondes « En vérité, à moins que nous ne nous décidions à décentraliser et à utiliser la science appliquée, non pas comme une fin en vue de laquelle les être humains doivent être réduits à l’état de moyens, mais bien comme le moyen de produire une race d’individus libres, nous n’avons le choix qu’entre deux solutions, : ou bien un certain nombre de totalitarismes nationaux, militarisés ayant comme racine la terreur de la bombe atomique (…) ou bien un seul totalitarisme supra-national suscité par le chaos social résultant du progrès technologique et se développant sous le besoin du rendement et de la stabilité ». En ce qui me concerne je pense que la rue ferait bien de se plonger dans ce genre de lectures. Elle comprendrait mieux les enjeux cachés sous l’entêtement de leurs élus et des technocrates de Bruxelles, l’arrogance des princes de l’économie mondiale. Sa résistance y gagnerait en appréciation de l’ennemi et donc en intelligence…

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Autres sujets, autres lectures bavardes

« Mahomet et Charlemagne » d’Henri Pirenne. Une plongée dans les violences, gloires et déclins des  temps médiévaux. Un aperçu (un peu trop cultureux !) parmi tant d’autres, des sempiternels mouvements de balancier des civilisations.

« Le christianisme hédoniste ». Le livre de Michel ONFRAY, philosophe et fondateur de l’Université Populaire de Caen. Un voyage chez les marginaux et alternatifs de la spiritualité d’Epicure à Montaigne. Une visite  chez les libres-penseurs et réformateurs. Une incitation à relire Erasme et Montaigne. Je n’ai jamais su apprécier les circonvolutions égotiques des Essais, je préfère de loin l’insolence et l’irrévérence  toute voltairienne de l’Eloge de la Folie « et voici d’autres questions réservées aux grands théologiens, aux illuminés, comme on les appelle et qui, lorsqu’elles se présentent, réveillent leur imagination : Dieu aurait-il pu prendre la forme d’une femme, d’un diable, d’un âne, d’une citrouille ou d’un caillou ? Alors comment une citrouille aurait-elle pu prêcher, faire des miracles, être crucifiée ?… Après la résurrection sera-t-il permis de boire et de manger ? … qui se douterait, par exemple, qu’il n’est pas chrétien de dire que les deux phrases suivantes : pot de chambre, tu pues et le pot de chambre pue, ou bien la marmite bout et elle bout la marmite, ont la même signification , si ces sages (les théologiens) ne l’eussent démontré »

Bon… A part cela il m’arrive aussi d’écrire. J’ai passé tout le mois de janvier  à recomposer les textes de « Bouillon Brûlant » de manière à leur donner forme de véritables nouvelles. Et sans doute devrai-je reprendre ces textes. Un travail de forcené dont le résultat méritera peut-être un jour les éloges d’un très improbable public de lecteurs.

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Mai 2006

Des nouveaux contrats de travail

Ce qui est curieux c’est que, dans le charivari anti et pro CPE, tout le monde semble délibérément  éviter de parler du véritable perdant de la partie, à savoir le travail salarié et non l’emploi qui n’en est que le cadre contractuel. Habitués à concevoir ledit travail comme le  moyen de trouver  place et considération dans la société, voire comme la source de rétribution du mérite personnel, nous nous refusons à comprendre qu’il est en train de redevenir banalement ce qu’il n’a jamais cessé d’être à travers les siècles :   de l’énergie vendue par nécessité par les uns, exploitée à profit par les autres. Dans le monde informatisé et automatisé contemporain  il y a abondance voire surplus d’énergie disponible. En résulte le double exercice  qui consiste d’une part à en réduire le coût, par le biais des restructurations et délocalisations, et d’autre part à en réguler le flux en jouant des manettes du chômage de la prolongation de la scolarité, de la retraite anticipée, des RTT , CDI et autres outils de temporisation…  En regard de quoi, CPE ou pas CPE, ne suffit pas de partager la masse de travail encore disponible. Encore faut-il  canaliser les frustrations galopantes. Les empereurs romains eux avaient déjà trouvé le truc « panem et circenses » !!!

Reste qu’on peut bien  gausser à Bruxelles et ailleurs, de la spécificité de la France braillarde et gréviste à souhait. L’herbe n’est pas plus verte chez ceux qui veulent nous critiquer. On y chôme et transpire tout autant, voire plus qu’en France,  pendant que nos édiles européens embouchent joyeusement les trompettes du libre marché. « Selon l’article 125 du traité instituant la Communauté européenne,les États membres et la Communauté s’attachent à élaborer une stratégie coordonnée pour l’emploi et en particulier à promouvoir une main-d’oeuvre qualifiée,formée et susceptible de s’adapter, ainsi que des marchés du travail aptes à réagir rapidement à l’évolution de l’économie… »

Et ce ne sont pas les effets de manche du baron E.A.S qui vont changer la donne « nous allons lancer dans les prochaines semaines une grande campagne en faveur de l’emploi des jeunes : l’entreprise voit jeunes ». C’était en août 2004, tout juste un mois  après la décision du gouvernement Raffarin de diviser par deux le montant maximum des indemnités allouées  aux salariés licenciés pour cause de faillite d’entreprise.

Pendant que l’Europe d’en haut ironise sur la bizarrerie de cette jeunesse française si peu avertie des exigences du monde dans lequel elle prétend vouloir trouver sa place, le débat fait rage sur le web  et dans la presse. Or, certains osent enfin s’interroger, se demander si, de la révolte des banlieues à  la confrontation anti CPE,  quelque chose ne s’est pas mis en marche, qui demain pourrait fort bien devenir incontrôlable. Quelque chose comme une mèche allumée dans les souterrains de nos sociétés dites avancées :   la  prise de conscience par  la nouvelle génération  des réalités de l’avenir promis à ses appétits. Sombre avenir en vérité, où  l’automatisation et l’informatisation achèveront d’émietter les perspectives d’emploi. Terrible  avenir pour  eux, les  jeunes, ceux qui  ont  aujourd’hui entre 15 et 25 ans et qui demain, sans plan de carrière défini pour la plupart, devront en voguant de boulots temporaires en boulots de misère, assurer, outre leur propre  subsistance et celle de leurs enfants, celle des indigents, chômeurs, retraités, vieillards déclinants et invalides qui feront le gros de la société.  Avenir impasse où les mirifiques promesses de la sacro-sainte croissance viendront se noyer dans la finitude des ressources d’une planète exsangue. Avenir désastre bien éloigné des rêves de prospérité et de bien-être entretenus par la démagogie néo-libérale. En regard de quoi, sous entendre que les lycéens et étudiants  français ne sont que de jeunes sots irresponsables, relève du pur mépris. Mieux  vaudrait s’inquiéter de savoir s’ils ne sont pas en train d’ouvrir les yeux à des populations plus dociles, certes moins entraînées à l’usage de la rue, mais qui ressentent peut être tout autant  l’insupportable sentiment d’avoir été trahis et qui pourraient bien à leur tour décider de prendre les choses en main…

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Les mots revisités

« Pour changer les hommes, changez les mots » (Confucius)

Le monde change nous dit on. Changent aussi les mots. Et cela parce qu’ils  ont pour destin de se dévitaliser, de perdre le sens qui étaient le leur quelques siècles, voire quelques décennies  plus tôt, et de  disparaître en même temps que les signifiés, objets et usages qui justifiaient leur existence. A l’instar du monde dont ils sont le miroir, les mots sont vivants. Ils naissent dans la rue, à l’ombre des platanes, grandissent dans  le tapage des usines,  sous la masse et le rabot des ateliers, se forgent dans le creuset des sciences humaines, s’initient dans le secret de la science ou de la technologie. Certains émigrent  dans le courant des échanges commerciaux et culturels pour s’en aller prendre racine par delà les frontières. D’autres se révoltent,   s’organisent, s’inventent une grammaire, un dictionnaire et peu à peu finissent par s’imposer comme un véritable  signe de reconnaissance  intra-communautaire.  Il en est aussi dont  on pense maîtriser l’acception  mais qui, peu à peu se détournent de leur sens premier  ou qui, sans que nous y prenions garde, élargissent insensiblement le champ des  concepts dont ils sont porteurs. Ce faisant, ceux-là  induisent de nouveaux modes de penser  dont nous n’avons pas toujours la prudence de nous méfier bien  qu’ils nous habituent  à  modifier  notre approche,  voire notre intelligence, du monde.

Prenons l’exemple du mot travail.

Du bas latin tripalium (instrument de torture à trois pieux) le mot  signifiait au XIIè s tourment,   souffrance.;  au XVIè s. le fait de se donner de la peine Repris au XVIIIè-s  par les physiciens pour définir  une  action requérant de l’énergie, le mot a fini par désigner au XIXè s. une  action engagée en échange d’un rémunération et, par extension, une activité  justifiant salaire, d’où l’expression apparemment indéracinable : travail salarié .  Il faut ici remarquer, qu’historiquement parlant,  même si le travail a longtemps été du seul ressort des esclaves et des serfs, le travail salarié lui a  toujours existé, en Grèce antique comme au Moyen Age.  Il ne  jouissait pas alors de la même considération que le travail des indépendants qui trouvaient à se louer ou exercer librement un métier et, compte tenu de la pénibilité qui le caractérisait, il est longtemps resté  synonyme d’asservissement déguisé. Il faudra attendre la révolution industrielle pour que, devenant le signe extérieur de la valeur d’un individu, il devienne l’instrument d’un authentique statut social.

Et puis, l’acception  du mot s’est affinée  durant le XXème s. en  englobant d’abord toute activité de l’homme appliquée à la production, à la création, à l’entretien de quelque chose,  et, ultime avatar, l’idée de production de valeurÀ savoir la capacité de produire des biens et services, certes nécessaires à la satisfaction des besoins de la communauté mais surtout susceptibles d’être vendus ou échangésUne dérive sémantique, héritée de   trente années de néo-libéralisme qui en dit long sur la conception contemporaine du travail salarié.

Le temps n’est plus en effet en ce début de XXIème siècle où les heures investies sur les terrains de la production étaient le vecteur privilégié de la qualité de vie  et de la reconnaissance sociale. Désormais, il semble acquis que toute activité  qui ne génère pas de la richesse  négociable,  ne soit plus  à proprement parler considérée comme du travail.  Le  travail n’est plus seulement le moyen de rassembler de quoi subsister ou améliorer son ordinaire, mais essentiellement une valeur marchande  comptabilisée dans les charges d’entreprise.

Or, une nouvelle hiérarchie s’est mise en place en marge de ce principe qui tend à construire la société depuis la base des facteurs de coût que sont les employés, jusqu’au sommet des élites génératrices de  plus-values sonnantes et trébuchantes. Et cela parce que le travail considéré et apprécié, se fait de plus en plus rare et de plus en plus élitiste, devient un véritable luxe. Son accès ne découle plus des exigences de la vie. Il se mérite et n’est méritant que celui qui se montre apte à générer  davantage de richesses qu’il n’engendre de coûts.

Mais l’évolution sous-jacente ne s’arrête pas là.

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De nos jours, il   y a lieu de ne plus confondre travail et emploi, encore moins travail et activité. Le travail,  dont il est convenu, qu’il assure salaire, engagement au long terme, promotion et gratifications en tous genres aux plus productifs. L’emploi, terme de plus en répandu pour désigner l’activité rémunérée mais tributaire des impératifs de l’économie de marché et des caprices de la rentabilité économique qui ne laisse à ses bénéficiaires que le choix d’une existence en pointillé  assortie de revenus épisodiques. L’activité qui ne génère aucun revenu mais contribue néanmoins à la richesse des communautés.

Aussi n’est-il  pas anodin de remarquer que  dans son article 5 du préambule 1946, la constitution française prescrivait à chacun le devoir de travailler tout en lui reconnaissant le droit à l’emploi. Ce  n’est évidemment  pas sans prudente arrière-pensée que dans l’art. 75 Titre II, la Constitution Européenne a préféré substituer   la  liberté de  travailler au devoir de travailler et la liberté de chercher un emploi  au droit à l’emploi.  Un splendide tour  de passe-passe  qui a l’avantage de n’impliquer  aucun devoir de la part de l’entreprise ou  de la collectivité et   de   renvoyer le lambda aux effets de sa débrouillardise ou de sa paresse.

Autant de subtilités aux allures  d’arguties de juristes qui, dans les faits, loin d’êtres inoffensives, sont le reflet d’un bouleversement insidieux que nous peinons à mesurer tant nous sommes imprégnés de l’héritage du passé. Car, rappelons-le, l’état de prévalence ou de faiblesse, autant que les divers acceptions des mots en usage, ne sont jamais que l’écho ou le support des réalités du quotidien. «  la langue est un processus créatif ininterrompu de construction qui se matérialise sous la forme d’actes et de paroles individuels » rappelait   Michael Bakhtine alias Volochinov dans son ouvrage Le marxisme et la philosophie du langage.   Qu’on supprime pomme de la langue, et l’idée même de l’existence du fruit s’effacera des  mémoires. A l’inverse, que rôde  l’idée que le jus de  pomme permet de lutter  contre les rides et  pomme envahira notre quotidien linguistique. L’idée donne vie au  mot, le mot  nourrit l’idée.

Différencier travail, emploi et activité rémunérée, glisser du droit au travail au droit de travailler,  du droit à l’emploi à la liberté de chercher un emploi, ne relève pas d’un exercice gratuit. Il ne s’agit pas seulement de circuler d’un  concept à un autre concept mais bien d’avaliser le glissement  d’une société de devoir et d’implication politique à une société de liberté  sans garde-fou.  De fait, d’entériner la réalité des bouleversements socio- économiques de notre temps.

Or, le travail dont on voudrait encore qu’il soit le propre de l’homme et donc qu’il soit indissociable de sa condition, et bien, ce travail là est en train de disparaître, avalé dissout dans une gigantesque réorganisation mondiale de la production. Dorénavant, à chaque fois que cela est possible, l’homme est évincé, jeté, remplacé par une monstrueuse coalition d’ordinateurs et de robots. Hier l’agriculture, l’industrie aujourd’hui, les services. Le monde du travail se retrécit alors que la masse du sous-emploi augmente dans tous les pays. Dévalorisation des diplômes, précarisation, flexibilité, mobilité, temps partiel, salaires à la baisse. La pression s’accroit sur celui qui veut encore travailler. Demain, pourrait bien enfin s’accomplir le grand rêve capitaliste : éliminer totalement  le facteur  humain  des coûts de production. Et cela sans que l’on se préoccupe de savoir vers quoi  pourront se tourner les millions d’exclus de travail qui en paient déjà et en paieront encore plus le prix.   De l’avis de Jérémy Rifkin auteur de La Fin du Travail « Si les talents, l’énergie et les ressources de centaines de milliers d’hommes et de femmes ne sont pas réorientés vers des fins constructives, la civilisation continuera probablement de s’enfoncer dans un chaos de violence et de misère dont elle aura du mal à se dégager. C’est pourquoi la recherche d’une alternative aux formes traditionnelles du travail dans le cadre de l’économie de marché est la tâche cruciale à laquelle tous les pays doivent s’atteler »

Et en effet. Si la tendance qui consiste à se débarrasser du surplus de bras et de cerveaux disponibles ne s’inversait pas, si sous le mot travail venait à ne désigner que le luxe réservé à quelques  poignées d’élus de la haute finance et de l’économie de marché – une éventualité  qui n’est pas à écarter –  pourrait bien alors en résulter alors une société recomposée en deux classes. Une société bi-polaire,  avec, en marge d’une caste de rentiers de haute volée, une molle communauté de tâcherons prestataires de l’allocation universelle, administrée par les fonctionnaires d’un ministère mondial des loisirs et de la santé  au nom du devoir prescrit à chacun d’exister et de consommer. Un certain Aldous HUXLEY appelait cela Le Meilleur des Mondes.

 

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Août  2006

La paix au Liban ?

La paix au Liban?  interroge un forum du journal français L’Express.

Paix au Liban ou triste répit dans l’infernal processus de haine enclenché il y a des années, bientôt des siècles, par l’ordinaire  triturage géo-politique occidental?

Paix au Liban ou nouveau rapiéçage onusien en attendant le prochain missile ?

Paix au Liban ou satisfecit  diplomatique des messieurs bons offices de l’Union Européenne ?

Car enfin de quelle paix pourrait-il s’agir ?

Peut-on  concevoir la paix quand  le tandem israëlo américain a  pouvoir de dicter unilatéralement les règles du jeu, d’envahir, détruire et assassiner où et quand bon lui semble? Sur quelles bases, avec qui signer la paix quand on sait que depuis 1967 pas moins de 40 résolutions adoptées par l’ONU sur la question  des territoires occupés ont été insolemment  piétinées et bafouées ?  Avec qui signer la paix  dès lors que l’ennemi terroriste des uns devient de génération en génération  le glorieux résistant des autres ?Comment espérer la paix si les parties amenées démocratiquement, portées au pouvoir, sont écartées des négociations comme de sinistres empêcheurs de dominer  en rond ? Comment parler de paix quand sous les pieds des belligérants dorment les supposés 60% des réserves mondiales de pétrole et  que continuent à flamber   les brasiers allumés en Irak, en Afghanistan, en Somalie, au Soudan…

Et si quelque chose était en marche, quelque chose parti du Liban comme jadis de la petite et malheureuse Tchécoslovaquie, une sorte de redistribution des cartes sur fond de partie remise ?

Vous avez dit pessimiste ?

En 1944, en Normandie, les forces alliées ont arrosé la ville de Saint Lô de tracts pour prévenir des bombardements censés neutraliser les forces allemandes embusquées dans le secteur. La ville a été rasée, sans trop faire de victimes c’est vrai, et l’évènement a été inscrit à la liste des destructions nécessaires à la ruine du nazisme, à  la défense de la  paix et de la  liberté dans le monde. Certains, classeront  pudiquement la manœuvre dans la liste des dégâts collatéraux. On sait aujourd’hui que, de dégât collatéral en dégât collatéral, les alliés avaient tout de même une petite arrière-pensée dans la tête : arriver à Berlin avant les russes lesquels, curieusement, défendaient eux aussi la paix, la liberté, la démocratie et autres grands mythes… On connaît à présent le prix de ces vertueuses opérations : des millions de soldats massacrés, des millions de civils écrasés, brûlés, enterrés vifs  sous les bombardements.

Et donc,

Les guerres, grandes ou petites, naissent toujours du talent des hommes d’avoir de bonnes raisons de monter à l’assaut, d’enfouir dans les oubliettes la cause majeure de tous les litiges : le territoire  géographique aussi bien qu’idéologique. Et qui dit territoire, justifie  quasi viscéralement, le droit de se défendre et subsidiairement de  s’affranchir des liens de civilité, des règlements, des lois, des traités devenus obsolètes. Et le pas est vite franchi qui, de l’escarmouche diplomatique à la haine ouverte autorise un seul cri : pas de quartier.

Reste que  dans le jeu militaire qui consiste à sortir le fusil et tirer sur son voisin, il y a toujours un fond de légitimité dont certains ont l’art et la manière de se servir pour organiser le terrain à leur profit. Un peu de propagande, quelques pages d’histoire habilement arrachées de ci de là pour  laver les mémoires trop têtues ou trop méfiantes, deux ou trois tambours patriotiques, un peu d’idéologie et le tour est joué. Ne manque que de trouver l’ennemi. Et quoi de plus commode qu’un ennemi sans régiments  ni visages, dispersé, fondu dans la masse innocente des civils ?

Alors devons-nous tous, de la Méditerranée au Pacifique, croire à l’ubiquité d’un ennemi  omnipotent et entrer  à notre tour dans la danse, combattre ce diable dont on nous dit qu’il menace déjà nos enfants et nos gentilles vacances à la plage ? Pour ma part je pense que sommés de prendre parti, nous sommes imperceptiblement poussés au bord d’une abominable, d’une monstrueuse dérive. En regard de quoi, je me crois un droit : celui de m’interroger sur le fond de la querelle, laquelle, malheureusement relève du partage des richesses du monde… Mais qui ose le dire?

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Suisse et neutralité

Est neutre dit le Littré celui qui ne prend point  parti  entre les contendants, soit Etats, soit particuliers.  La Suisse est neutre. En cela, elle s’oblige à se tenir hors de tout conflit armé entre états et  à ne soutenir militairement aucun des belligérants. Autant d’engagements qui ne lui interdisent pas  de fabriquer et vendre  des armes, ce qu’elle fait comme n’importe quel autre pays du monde, avec la précaution toutefois de veiller au choix des acquéreurs et aux circonstances qui en justifient l’usage. Un jeu délicat mais réaliste. Une manière de s’incliner devant la fatalité de la guerre, sans pour autant entrer dans la bataille. Une franche hypocrisie diront ses détracteurs. Une forme de schizophrénie quelque peu dérangeante dès lors  que la Suisse est aussi, et surtout, dépositaire des Conventions de Genève, berceau du CICR,  lieu d’accueil privilégié des grandes conférences de la  Paix et du désarmement, moralement tenue, devrait-on dire en ces temps troublés, de  veiller à l’application  du droit humanitaire international. Un devoir qui, en exigeant  de défendre le droit à la protection des civils, otages et victimes désignés des parties en guerre, écorne inévitablement le principe de neutralité quand il ne le rend pas quasiment insupportable.  Car ce n’est pas être neutre que de soustraire les gens aux exactions des uns et des autres. C’est être intervenant. Mais, ce n’est pas être neutre non plus que de  regarder sans rien faire, agoniser et mourir à quelques portées d’avion de soi. C’est être non seulement coupable de non assistance à personne en danger mais encore  complice des pires atrocités.

En demandant la cessation de l’ensemble  du commerce de matériel militaire avec Israël, Madame Calmy-Rey n’a pas seulement  renvoyé les juristes à leurs copies et les partis politiques à leur conscience. Elle a surtout levé un débat fondamental : celui qui conduirait à une redéfinition des limites et obligations de  la neutralité. Une  approche majeure en regard de la Constitution helvétique, pour laquelle il ne serait pas vain d’en référer au peuple, au nom de la Paix, au nom de l’humanité la plus élémentaire.

 

La grande erreur

Après les heures noires du 11 septembre 2001, on  nous avait promis de débarrasser la planète des terroristes qui l’infestaient, on nous avait dit que  la paix régnerait sur Terre,  sitôt que les talibans auraient été chassés des montagnes d’Afghanistan et de Pakistan. On nous avait promis  que les lumières de la  démocratie et de la liberté brilleraient à l’Orient sitôt qu’on aurait chassé les despotes et désamorcé l’arsenal des soutes irakiennes. On nous a  dit  que quelques bombardements bien appliqués suffiraient à neutraliser les forces sournoises de la guerre rassemblées aux frontières d’Israël… En cet été de l’an  2006, voilà qu’on apprend qu’il n’y a jamais eu d’arsenal en Mésopotamie, voilà que les talibans harcèlent sans répit les troupes de l’OTAN, voilà qu’on meurt  chaque jour   par dizaines dans les rues de Bagdad, voilà que le Liban ouvre ses fosses communes aux centaines de malheureux écrasés sous les bombes de la paix annoncée… On nous avait promis, on nous a dit… Les fous nous montraient les stocks de missiles et nous, on regardait le doigt !

Cris de guerre

Port du voile en France, construction de mosquées, tribunaux islamiques, carré confessionnel. Peu à peu l’Islam s’enracine en Occident, exige, obtient, rogne peu à peu l’espace culturel et confessionnel. Dans son sillage, les accents martelés d’une infernale idéologie : l’islamisme. Une nouvelle forme de fascisme pour les uns, la menace à l’heure nucléaire d’une infernale subversion.

Il n’y a pas d’islamisme à visage humain. Il n’y a pas plus d’islamiste modéré qu’il ne peut exister  de nazi modéré. Des assertions au sujet desquelles il est difficile de ne pas s’interroger. Je ne suis pas sans avoir réfléchi à cela. Trop d’incidents, de dérives émaillent en effet le quotidien de nos sociétés pour ne pas comprendre que nous sommes en danger, que quelque chose grandit à nos portes dont  nos sociétés semblent incapables de prendre la mesure. Trop libérales,  trop confiantes en leurs acquits,  trop gavées de paix et de bien être, tolérantes jusqu’à  l’inertie. Je sais cela et n’ai jamais cherché à m’aveugler. Voir ces lignes consignées l’an passé dans mes cahiers personnels.

« Quelle naïveté de vouloir croire que l’Islam peut se couler dans le moule de la laïcité. L’Islam ne connaît qu’un texte, qu’une loi : Le Coran . Loin d’être les instruments respectés d’une nécessaire assimilation, les principes démocratiques d’égalité, de liberté et de tolérance,  ne sont que le levier d’une patient travail de sape des institutions par lequel il  entend faire place nette et s’imposer dans son entière identité. A charge des lois et constitutions de s’accommoder de ses exigences. Ouvrons les yeux… Au XIème siècle, l’église organisait son pouvoir dans l’ombre de la chevalerie conquérante et au cri de Dieu le Veut envoyait ses pauvres et laissés pour compte à la conquête d’Antioche et de Jérusalem… Le balancier de l’histoire ne s’inversera qu’en bout de course. Comme l’était jadis le Christianisme, l’Islam est un pouvoir en marche  enraciné  dans la misère et les espérances des millions de damnés de la terre entassés dans les fossés d’un hypothétique développement durable. Un  pouvoir conquérant aux mains de politiques pleinement engagés à orienter les bouleversements du monde contemporain à leur profit.  Sinon que penser de  la déclaration islamique universelle des droits de l’homme, ouvertement promulguée à Londres en avril 1980 lors de la conférence internationale sur le Prophète Mahomet. Un document censé marquer le commencement du 15è siècle de l’ère islamique.

http://www.droitshumains.org/Biblio/Txt_Arabe/inst_cons-decla81_1.htm.)

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« La Déclaration islamique universelle des droits de l’homme est basée sur le Coran et la Sunnah et a été élaborée par d’éminents érudits et juristes musulmans et des représentants de mouvements et courants de pensée islamiques. Que Dieu les récompense de leurs efforts et les guide sur le droit chemin.

Salem Amin, Secrétaire général, [Paris] 19 septembre 1981 / 21 Dhul Qaidah 140

Préambule

Considérant que l’aspiration séculaire des hommes à un ordre du monde plus juste où les peuples pourraient vivre, se développer et prospérer dans un environnement affranchi de la peur, de l’oppression, de l’exploitation et des privations est loin d’être satisfaite;

Considérant que les moyens de subsistance économique surabondants dont la miséricorde divine a doté l’humanité sont actuellement gaspillés, ou inéquitablement ou injustement refusés aux habitants de la terre;

Considérant qu’Allah (Dieu) a donné à l’humanité, par ses révélations dans le Saint Coran et la Sunnah de son saint Prophète Mahomet, un cadre juridique et moral durable permettant d’établir et de réglementer les institutions et les rapports humains;

 Considérant que les droits de l’homme ordonnés par la Loi divine ont pour objet de conférer la dignité et l’honneur à l’humanité et sont destinés à éliminer l’oppression et l’injustice;

Considérant qu’en vertu de leur source et de leur sanction divines, ces droits ne peuvent être restreints, abrogés ni enfreints par les autorités, assemblées ou autres institutions, pas plus qu’ils ne peuvent être abdiqués ni aliénés;

En conséquencenousmusulmans

aqui croyons en Dieu, bienfaisant et miséricordieux, créateur, soutien, souverain, seul guide de l’humanité et source de toute Loi;

bqui croyons dans le vicariat (khilafah) de l’homme qui a été créé pour accomplir la volonté de Dieu sur terre;

cqui croyons dans la sagesse des préceptes divins transmis par les Prophètes, dont la mission a atteint son apogée dans le message divin final délivré par le Prophète Mahomet (la paix soit avec lui) à toute l’humanité;

dqui croyons que la rationalité en soi, sans la lumière de la révélation de Dieu, ne peut ni constituer un guide infaillible dans les affaires de l’humanité ni apporter une nourriture spirituelle à l’âme humaine et, sachant que les enseignements de l’Islam représentent la quintessence du commandement divin dans sa forme définitive et parfaite, estimons de notre devoir de rappeler à l’homme la haute condition et la dignité que Dieu lui a conférées;

equi croyons dans l’invitation de toute l’humanité à partager le message de l’Islam;

fqui croyons qu’aux termes de notre alliance ancestrale avec Dieu, nos devoirs et obligations ont priorité sur nos droits, et que chacun de nous a le devoir sacré de diffuser les enseignements de l’Islam par la parole, les actes et tous les moyens pacifiques, et de les mettre en application non seulement dans sa propre existence mais également dans la société qui l’entoure;

gqui croyons dans notre obligation d’établir un ordre islamique … »

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Certes, il n’y a pas de paix, de liberté possible sans capacité à se défendre des menées adverses. L’histoire est faite de cette fatalité. Cela aussi je le sais, n’étant pas de ces pacifistes béats qui tendent la main  à qui tient le poignard et veulent ignorer que la première règle de vie est de savoir défendre son territoire de l’intrusion. Mieux, n’étant pas non plus de ceux qui confondent tolérance et indifférence,   j’entretiens en moi la certitude qu’il  existe de nobles causes  qui justifient de prendre les armes.  Il peut s’avérer  nécessaire de  se résoudre à la guerre reste que, pour paraphraser Churchill, vouloir l’éviter n’est pas nécessairement courir au déshonneur.

Le  souvenir de la reculade de Munich ne saurait à mes yeux justifier qu’on accorde un blanc-seing aux menteurs et manipulateurs de tous poils qui, au prétexte de défendre le bonheur des générations futures et le droit  des peuples à se défendre, se gardent bien souvent de porter au grand jour les véritables enjeux de leur combat, lesquels supposent généralement de disputer à l’adversaire les espaces et les  ressources nécessaires à leur propre prospérité. Au Moyen Age, les croisades ont envoyé la guerre les milliers de miséreux qu’on ne savait comment nourrir et des seigneurs résolus à se tailler librement en Arabie les royaumes que l’Eglise leur disputait en Occident. Au XXIéme siècle il s’agit rien moins que de conserver la maîtrise du pétrole mais aussi, et  plus sournoisement, d’arracher enfin ce qui, depuis la seconde guerre mondiale est devenu une épine dans le talon de la politique internationale : la cause israëlienne.

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Israel est un problème, un énorme problème humain et politique fabriqué et entretenu de toutes pièces par-dessus la tête des fellahs palestiniens durant le XXème siècle.  David Ben Gourion lui même le résumait en ces termes  « Si  j’étais un dirigeant arabe,  je ne traiterais pas avec Israel. C’est naturel : nous avons pris leur terre… Nous sommes originaires d’Israel,  mais il y a deux mille ans de cela et qu’est ce que cela représente pour eux? Il y a eu de l’anti-sémitisme, les Nazis, Auschwitz, mais est-ce leur faute? La seule chose qu’ils constatent est que nous sommes venus là et que nous avons volé leur terre. Pourquoi accepterait-il cela »Evidence dira-t-on. Mais évidence aussi, de constater que l’espoir entretenu des pays occidentaux de laver la honte de l’holocauste et d’en finir enfin avec la question juive n’était qu’une illusion pour ne pas dire une lamentable erreur.

Surarmée, inconditionnellement soutenue par les Etats-Unis et encouragée par l’hypocrite incapacité des autres états à résoudre la question palestinienne, Israël a  pu impunément faire  de  la destruction et l’anéantissement de l’adversaire le préalable à tout processus de paix. En agissant de la sorte, loin d’assurer la sécurité de ces citoyens,  cet état  ne cesse  d’attiser  la haine, de cristalliser le ressentiment des populations arabes, d’élargir sans fin  le cercle infernal de la vengeance et de la provocation et  donner  des armes et des soldats aux islamistes.

Or, péril, il y a. Intégrisme,  guerre et attentats, tapis de bombes. Palestine,Irak, Afghanistan, Liban, Inde, Pakistan. Prémices de l’Armageddon annoncé, revanche de l’Orient sur  l’arrogance et les  trahisons de l’imperium occidental,  jour après jour, la violence diffuse, le carnage se propage, l’ombre s’étale toujours plus sanglante sur les forces armées attirées  dans le traquenard  d’une guerilla islamique transnationale, dont l’enjeu n’est plus seulement l’anéantissement ou le triomphe d’Israël mais la victoire  accomplie du Monde Musulman sur l’Occident Impie.

Que faire ?

Appartient-il aujourd’hui à la planète entière de prendre les fusils pour en finir ? Attendre que le combat cesse faute de combattants ? Se réfugier dans la neutralité peut conduire à d’ignobles aveuglements.  Patauger à convenance dans les arguties onusiennes est indigne d’un monde prétendument civilisé.

Alors, quoi ?

Foncer  naseaux fumants, embraser tout le Moyen Orient, livrer  nos villes et nos provinces à l’arrière garde d’une offensive terroriste généralisée ?  Nous voilà aujourd’hui pris à la gorge, sommés de choisir notre camp  par une cause qui éclaire  chaque jour plus crument l’absurde profondeur de l’abîme ouvert sous nos pieds.

Dieu le veut! Si vis pacem para bellum !Vive l’Empereur ! Vive la République ! Tuez les tous, Dieu reconnaîtra les siens ! Allah est grand !

La guerre trouve toujours son cri…

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MARS  2007

République et communautarisme

La Nation est le fruit de la volonté de diverses  populations d’associer leurs différences et de vivre ensemble. Elle est en péril quand cette volonté se fracture. La République existe par  la nécessité de  disposer  d’institutions susceptibles d’organiser et  servir le bien commun. Elle se dissout quand ces institutions se révèlent impuissantes à cimenter les aspirations du plus grand nombre. D’où l’on peut dire que la République qu’elle soit démocratique, populaire ou soviétique est l’outil par excellence de la   Nation. D’où l’on peut penser qu’elle est aussi le rempart contre tout ce qui pourrait en menacer la cohésion. Le communautarisme se définit par  la primauté sur le bien commun des droits d’une communauté et donc des personnes qui la composent.  La question se pose donc de savoir en quoi il peut être compatible avec les principes républicains garants de la cohésion nationale ?

Qui dit communautarisme, pense communauté laquelle naît du penchant naturel des individus d’une même espèce à se regrouper par  affinités en vue d’agréger leurs besoins et tirer avantage  de leur similitude de comportements.  Le processus vaut autant pour le coléoptère  que pour l’homo sapiens. En résulte une multiplicité de combinaisons, aussi pérennes qu’éphémères, animées par les  seules exigences de leurs  éléments, à commencer par les structures organisées autour  de ce que j’appellerai le  « nouisme ». Entendre par là  l’habitude prise par les citoyens lambdas de se définir et  s’imposer en tout et partout par le biais du  nous exclusif. Nous  les pêcheurs, nous  les chasseurs, nous les automobilistes, nous les piétons, nous les artistes,  les jeunes, les  fumeurs, les consommateurs et  buveurs d’eau, nous et notre histoire, nous et nos traditions, nous et  nos misères, nous et nos revendications. Autant de  petites communautés d’intérêt particulier,  autant de motifs de fédérer les crispations, autant de raisons  de dénoncer  les  mille et une formes décrétées de la spoliation ou de la  discrimination, autant de risques  d’engendrer de nouvelles discriminations en faisant  du droit accordés à certains une contrainte pour le plus grand nombre. Car, ce qui peut à première vue passer pour  le signe d’une formidable dynamique républicaine, a souvent pour effet  de servir les satisfactions individuelles au détriment du bien commun et par là de décourager le  civisme. Or, loin d’être circonscrit à quelques regroupements d’insatisfaits,  ce qui aurait dû rester  un moyen de contrebalancer les défaillances d’un système, est devenu un mode de résistance. Il s’articule sur toutes les failles observées de l’environnement social et il  s’étend d’autant plus, qu’au champ  clos des nations s’est substitué un espace ouvert d’un monde sans frontières, propice à  l’éparpillement de vastes communautés soudées par l’histoire et la tradition, dont la visibilité raidit les tolérances locales et ravivent  les ferments de la  xénophobie et du racisme.

Port du voile, piscines communautaires, carrés confessionnels, financement des églises et des mosquées, émigration sélective,  les débats font rage. Le ton monte entre adversaires et partisans des changements qui  ébranlent les nations  occidentales confrontées à la fois aux agressions de la  pluriethnicité et au délitement  des barrages de la laïcité.  Là où l’on croyait en avoir fini avec l’obscurantisme ou le sectarisme, les questionnements que l’on croyait obsolètes  remontent en  surface, les risques de confrontation  inter-ethnique se multiplient, mettant au défi  la compétence des  états empêtrés  dans des filets de législations et de réglementations nationales en panne d’harmonisation. Il faut  partout composer avec les disparités d’une mosaïque d’aspirations, repenser la place de la religion, encourager à l’œcuménisme, aménager le contrat social, reconsidérer les droits et devoirs de groupes antagonistes travaillés de l’intérieur par les tentations du nationalisme et du repli identitaire. Surtout, il faut  convaincre que la République est autre chose  qu’un fragile falot d’espérance, qu’un simple mot pieu inscrit en exergue des constitutions, et que  ce sont  les bases mêmes d’une citoyenneté sans frontières idéalement  imprégnée de valeurs républicaines qu’il faut inventer.

D’où l’exaspération des uns, d’où l’inquiétude des autres, d’où  les questions:   et si on échouait à vivre ensemble ?

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SEPTEMBRE  2007

J’ai marché contre le G8

Souvenez-vous. C’était le 30 mai  2000. Depuis la veille Evian accueillait  les hôtes du 25ème sommet du G8 sous la haute protection des hélicoptères et des brigades de CRS venues  de la France entière. A quelques kilomètres de là, à Genève  la panique s’installait. En train, en voitures, à pied, à vélo, des hordes de sauvages convergeaient, vers la ville et, disait-on, investissaient sournoisement les alentours. L’armée avait dépêché 5600 hommes,  on avait rameuté les polices des cantons voisins et d’Outre Sarine pour renforcer les 8650 agents des forces de sécurité locales. On avait verrouillé les portes et dressé partout à hauteur de balcons d’invraisemblables palissades. L’aéroport était déclaré zone de d’exclusion totale, les banquiers reportaient leur rendez-vous, les habitants prenaient congé dans  les montagnes, assureurs et  commerçants préparaient leurs comptes. Au Grand Conseil partis et députés s’invectivaient. Qui paierait l’addition d’une pareille débauche de moyens ? Qui assumerait les conséquences financières des dégâts ?  Au matin du 1er juin, de brèves échauffourées éclataient aux abords de la cité, pendant que, sur les quais et dans les parcs jeunes et vieux, syndicalistes, militants et membres et sympathisants  de tous les horizons associatifs chauffaient les slogans et déroulaient les drapeaux. A neuf  heures, entre 100000 et 150000 personnes formaient le cortège qui, du Jardin Anglais à la douane de Thonex Vallard, devait rejoindre  trois heures plus tard les quelques 80000 français  venus à leur rencontre. L’ennui est, qu’en dépit des mesures d’encadrement et de  sécurité prises par les organisateurs,   des  incidents ont éclaté en marge de cette longue marche. Des petits groupes ont investi et saccagé deux stations service malencontreusement installées sur l’itinéraire des manifestants. De police point.  Le soir, le lendemain et encore le surlendemain, à la plus grande joie des badauds attardés sur les lieux, les vandales auront rejoint  les bandes d’activistes bien rôdées,  résolues à défier des forces de l’ordre débordées. Vitrines brisées, portes défoncées, pneus enflammés, murs et monuments arrosés de tags, magasins pillés ou incendiés, 500 casseurs appréhendés et relâchés… Et tout cela pendant qu’à Evian  chefs d’états, délégués et invités débattaient autour  des sujets inscrits à  l’agenda officiel du G8 « solidarité, croissance, responsabilité, sécurité, démocratie ».

Des incidents qui ne sont pas sans rappeler  les émeutes de Genève en mai 1998, les affrontements de Seattle en novembre 1999,  le mort et les centaines de blessés et à Gênes en 2001.

De quoi s’inquiéter. De quoi aussi s’interroger.

Pourquoi de tels désordres ? Pourquoi cette violence ? Et puis tous ces gens ? Ces brailleurs qui investissent les rues pour dénoncer tout et n’importe quoi, le FMI, la mort des forêts, la misère des femmes afghanes, la fin du travail, le scandale SWISSAIR, le massacre des baleines, la guerre en Irak, l’arrogance des patrons,  les dettes du Tiers Monde, les centrales nucléaires, la duplicité des politiques, les OGM, les paradis fiscaux, l’oppression du mâle, les MAC’DO et la malbouffe, la marchandisation du monde? Ces altermondialistes  qui  perturbent les conférences interministérielles de l’OMC, qui harcèlent à travers l’Europe les participants des symposiums économiques et forcent les membres et invités du G8 à se réunir dans les lointains sommets canadiens ? Qui sont-ils ? Qui les manipule ? Quelles sont leurs revendications

Pour ma part je suis  un authentique specimen de cette gente  bigarrée qui, depuis vingt ans,   de Davos, à Hong-Kong en passant par  Cancun ou Porto Alegre organise la contestation  dans la foulée des décideurs de la mondialisation. J’ai remonté les quais de Genève pour maudire l’OMC en 2000.  J’ai fréquenté les allées  et ateliers de travail du Contre Sommet Social de Genève en 2001. J’étais à Berne en 2003 avec 45000 de mes semblables pour crier mon refus de la guerre.  J’ai écrit et conférencé de ci de là sur  les sujets sensibles de notre époque.  Mais qu’on se rassure.  Je ne brûle pas les voitures, je ne jette pas de cocktails molotov et n’ai jamais eu à braver les canons à eau et les gaz lacrymogènes. Je suis et reste surtout de ces idéalistes  en quête d’une approche du monde différente de  celle qui nous est aujourd’hui claironnée par les thuriféraires du commerce et de l’argent. Or donc, j’ai marché contre le G8… Pourquoi ?  Et d’abord qu’est-ce que le G8 ?

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En 1975 Valérie Giscard d’Estaing invite les chefs d’états des pays les plus riches à se rassembler pour s’accorder sur leur manière de gouverner le monde. Les Etats-Unis, le Royaume Uni, l’Allemagne, le Japon et l’Italie répondent à l’invitation. Ces 6 (avec la France) totalisent à eux seuls 50% de la production des pays industriels.  Rejoints en 1976 par le Canada, ils vont constituer le G7 lequel,  avec l’entrée de la Russie en 1997, deviendra le G8 : un club de bon ton engagé à organiser la gestion planétaire autour de grands objectifs tels que la lutte contre l’inflation, la crise pétrolière, l’environnement, le blanchiment de l’argent sale, la paix et la sécurité.  :

De fait le G8 n’est ni une institution, ni une organisation internationale. Il n’a pas de personnalité juridique. Il n’a pas de secrétariat permanent. Il ne prend aucune mesure à caractère obligatoire. A charge des parlements et des organisations internationales telles que l’OMC d’en relayer les options et trouver les bases d’application.

Pour exemple de ces options :

  • En 1999, à Cologne  la réduction  du service de  la dette des 38 PPTE (pays pauvres très endettés) ….. 37 milliards de dollars… une misérable aumône  quand on sait que pour  l’ensemble des pays du Tiers Monde la dette dépassait déjà 2 trillions de dollars sur la dette des (PPTE).
  • En 2000, à Okinawa l’adoption d’une «charte de la société mondiale de l’information»
  • En 2001, à Gênes, la création du Fonds mondial pour la lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme,
  • En 2002, à Kananaskis, la mise en place du «Partenariat mondial contre la diffusion d’armes et de matières de destruction massive contre le terrorisme.

Or, pour reprendre les termes de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme « S’il n’est pas question de remettre en cause la possibilité pour des gouvernements élus de se réunir pour discuter des problèmes du monde, on peut néanmoins s’interroger sur la légitimité des décisions prises par ces gouvernements, en dehors de tout cadre multilatéral véritablement international »

Et  c’est justement cette illégitimité de fond qui motive d’autant plus la contestation que, dans le sillage de  cette entente affirmée des chefs de gouvernement, un nouvel ordre planétaire s’est peu à peu officialisé.  Un monde s’est constitué à notre insu, entièrement dévolu à la prospérité du grand capitalisme où  tout, de l’eau et du soleil, de la santé et de l’éducation, de  l’homme, de l’animal et du végétal est  désormais considéré comme marchandise et donc comme  source de profit. Un monde géré à l’image  d’une gigantesque entreprise qui entend s’affranchir des    contraintes sociales, douanières, fiscales et administratives, nationales ou internationales. Un monde  voué  à la rentabilité des investissements et, par là, à l’enrichissement des actionnaires. Un monde  dit globalisé avec ses  utiles, ses utilisables et ses jetables, dans lequel le bonheur des peuples est sensé naître de la prospérité des marchands.

Or, il suffit de se pencher  sur les chiffres fournis par les chercheurs et experts de grandes institutions tels que les écoles polytechniques, la FAO, le PNUD ou  l’OMM pour comprendre pourquoi des mouvements associatifs comme JUBILE 2000, Via Campesina, Action contre la Faim, ATTAC, ABONGE, (l’Association des ONG brésiliennes) et MST (le Mouvement des Sans Terre) pour ne citer que ceux-là, en sont venus à descendre en masse dans la rue.

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  • la fortune des plus riches augmentent au rythme de 500 dollars par seconde alors que 20% des terriens n’ont par jour que 2 dollars pour vivre.
  • dans les grandes entreprises le salaire annuel du président peut varier  de 200 à 300 fois celui de l’employé spécialisé.
  • un tiers des réserves halieutiques  est épuisé et un quart surexploité.
  • entre 1970 et aujourd’hui, la production mondiale des déchets a augmenté de 35%.
  • Aujourd’hui pour cinq barils de pétrole consommés seuls trois peuvent être extraits de sites de production
  • les transports consomment chaque année 40% de la production pétrolière mondiale.
  • Les Etats-Unis dépendent à 52% des importations de pétrole contre 35% il y a 30 ans..
  • 60% de la population mondiale s’entassent déjà dans des villes de plus de dix millions d’habitants et plus de 70% des surfaces émergées sont menacées  par les industries extractives, la construction des routes et l’agrandissement des villes.
  • les coûts publics et privés de la santé s’élèvent pour l’ensemble de la planète  à 1700 milliards de dollars dont 90 % sont dépensés dans les pays riches où ne vit  que 20% de la population mondiale.
  • 900 millions de personnes dans le monde, dont 20% de jeunes de moins  de 25ans, sont sans emploi.

Force est en effet de constater à quel point les destinées de notre progéniture sont d’ores et déjà obérées. Force est de convenir qu’après 30 années de G8, l’Age d’Or n’est pas pour demain. Les fossés se creusent entre les détenteurs d’indécentes richesses et les damnés de la terre condamnés à la pauvreté sans fond. Partout les clignotants s’allument qui, l’un après l’autre, dénoncent les ravages  engendrés autant par la boulimie des multinationales que par le train de vie des nations dirigeantes.

Et pourtant…

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En 1970, le premier rapport du Club de Rome, intitulé  » Halte à la croissance  » analysait déjà le rapport entre les limites écologiques et  la croissance économique. On a reproché à ses auteurs de jouer sur l’extrapolation et les angoisses millénaristes (Philippe Braillard L’imposture du Club de Rome). Deux ans plus tard, en 1972, les Nations Unies organisaient à Stockholm la première conférence internationale sur l’environnement, qui devait aboutir à la création du PNUE (Programme des Nations Unies pour l’Environnement). Or, c’est en 1987 que la prise de conscience des réalités de notre planète a véritablement commencé. Cette année là, le premier ministre norvégien, Bundtland, présentait devant l’ONU son concept de développement durable. Ce concept choisi en 1989 comme thème de la conférence de l’ONU, sous tendait la nécessité de permettre à sept milliards d’humains de vivre décemment sans hypothéquer les ressources des générations futures.

On venait d’entrer de plain pied dans l’ère des sommets, des forums  et des grandes conférences.  Et Voilà à présent vingt ans,  en effet,  que   tout un petit monde a pris l’habitude de sillonner le globe, que des tonnes de prospectus, de bilans et de brochures s’entassent dans les caves et les couloirs quand ce n’est pas dans des poubelles débordantes. Vingt ans que l’on tente de remédier aux maux de la planète bleue. Vingt ans que les  rapports se multiplient qui,  tous, confirment l’état de dégradation toujours plus avancée du malade.

Ainsi cette assertion du Président du Service Mondial de l’Information sur l’énergie en 1992 « rétrospectivement, les historiens pourraient bien voir dans les dernières années du 20ème siècle le début de la prise de la conscience universelle de la finitude de notre monde. Finitude de ses ressources, finitude de son espace. Au cœur du problème posé par cette finitude, l’énergie, jamais aussi abondamment consommée, jamais aussi inégalement répartie entre les humains »

Ainsi  l’avertissement du    PNUD en Mai 2002 « l’humanité se trouve à une étape cruciale de son existence, car les choix relatifs à la planète faits aujourd’hui, sont d’importance critique pour les forêts, les océans, les fleuves, les montagnes, la flore et la faune sauvage et les autres systèmes qui rendent la vie possible pour les générations  futures ».

Ainsi cette  information parue dans le Monde du 14 août 2002 ! « D’avril à octobre, un gigantesque nuage de pollution recouvre chaque année le sud de l’Asie, du Pakistan à la Chine en passant pas l’Inde. Le PNUD s’est inquiété des effets de cet immense banc de brume sur une population qui passera de deux milliards d’individus aujourd’hui à cinq milliards dans trente ans. La plus grosse pollution du monde : un nuage qui s’étend sur une surface équivalent à celle des Etats-Unis avec une épaisseur variant de 2 à 3 kilomètres. Cette pollution constituée d’aérosols soufrés, d’oxyde de carbone, d’ozone, d’oxydes d’ozone, de suie et de poussières diverses a pour effet direct de réduire d’environ 10% la quantité d’énergie solaire touchant le sol et de diminuer les précipitations de 20 à 40% dans certaines régions… l’irrigation est en danger de ne plus faire face à cette pénurie ce qui se traduirait par une diminution de la production céréalière. Celle de la riziculture pourrait baisser de 5 à 10% »

Ainsi le  rapport publié en octobre 2003 par le Pentagone lui-même sur les possibles conséquences stratégiques du réchauffement climatique ( Peter Schwartz and Doug Randall : An abrupt Climate Change Scenario and its Implications for the United States National Security) « Bien plus que des conflits d’ordre religieux, idéologiques ou patriotiques, nombre de conflits armés pourraient éclater en raison d’une dramatique raréfaction des  ressources naturelles telles que l’énergie, la nourriture et l’eau.  … Aujourd’hui, l’équilibre biologique, à savoir  la capacité de la terre et des éco-systèmes ainsi que  celle des systèmes sociaux, économiques et culturels à assurer la survie d’un nombre défini de personnes est partout menacé   dans le monde… Nous vivons au-dessus de nos moyens, ce qui signifie que les ressources naturelles ne suffisent plus à soutenir notre train de vie… »

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En réponse : sommets, conférences, forums se multiplient et s’empilent. Conférence sur le Climat, sur les Enjeux et Droits du Sud, Forum Social , Forum de l’Eau, Sommet de la Terre, Forum social Mondial.  Kyoto, Rio, Copenhague, La Haye, Johannesburg, Porto Alegre, Caracas, Cancun, Genève… Sommets de toutes les discordes, conférences de tous les vœux pieux,  forums de tous les idéalismes, en regard desquels un parlementaire n’a pas hésité à conclure que nous sommes dans la situation d’une voiture qui, fonçant  à cent à l’heure vers un mur, réduirait sa  vitesse de 9kmh.

Et pour cause :

Nord contre Sud, Monsanto contre José Bové, Novartis contre fabricants de génériques, droits de l’homme contre dollars. Législations. Conventions. Recommandations.  National. International. Le débat fait rage autant dans la rue que dans les coulisses des grandes résolutions. La cacophonie est générale. Il suffit de se promener dans les couloirs et de tendre l’oreille pour s’en rendre compte.

« Les règles ont changé. Il faut démolir pour construire. De plus en plus vite. Ce qui suppose la collaboration de tous, citoyens, autorités morales, sociales et culturelles. 

 « A l’évidence on ne se comprend pas.

 « Copenhague c’était il y a à peine cinq ans. Cinq ans ce n’est pas beaucoup… Il faut prendre en compte le facteur temps.

« L’eau est un besoin et donc une marchandise privatisable comme une autre.

«Non. L’eau est un droit et donc relève d’une gestion supranationale.

«Il faut reconsidérer nos normes et nos définitions. Il faut une Europe sociale respectueuse des travailleurs.

«Allons donc ! 120 fédérations d’employeurs de 218 pays ont travaillé pendant des mois avec les services du  Bureau International du Travail pour que des normes sociales et environnementales soient internationalement adoptées. 8 en tout, ratifiées par 193 pays. Pour supprimer le travail des jeunes enfants, pour garantir  les libertés d’association et d’expression, pour protéger les femmes en état de maternité du licenciement ou des mauvais traitements. Il suffit de les faire appliquer. Ce n’est quand même pas la faute des transnationales s’il n’existe aucun organisme capable de mettre au pas les gouvernements.

«Pour lutter contre la pauvreté il faut appliquer la taxe TOBIN. 0,01 à 0,5% sur l’ensemble des transactions financières, permettrait de récolter 150 Milliards de dollars par an, de quoi  couvrir les besoins de base de l’humanité en école, médecine, eau et nourriture.

«Et puis quoi encore ? La lutte contre la pauvreté n’est pas une question de redistribution mais une question d’augmentation des revenus et donc de création d’entreprises… 

«Quand se mettra-t-on dans la tête que ne prospèrent que les pays audacieux, capables de surmonter les frilosités du moment et d’ouvrir largement leurs frontières à la concurrence et aux investisseurs internationaux.

« On bouffe, on gaspille, on investit dans le pétrolier et le nucléaire au lieu de laisser sa voiture au garage.

«Ayons confiance. Le génie de l’homme est infini.  Demain la recherche fournira les solutions et les remèdes qui nous manquent aujourd’hui. A charge des états d’ouvrir les vannes du financement.

« Vous avez lu la presse ? Au Tchad les seules ressources importantes, celles du pétrole découvert dans le Sud, sont détournées au profit du Président qui vient d’en vendre l’exploitation pour dix ans aux compagnies américaines. Où est passé l’argent ?

« Vous les gouvernements des pays riches, Un jour on vous montrera du doigt.

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Les fils s’embrouillent à mesure qu’on les tire. On  ne sait trop s’il faut reculer, contourner, monter ou descendre.  D’où ce constat désabusé de Klaus Toepfer directeur général du PNUD lors du sommet de Johannesburg. « Le domaine juridique a, pendant de nombreuses années joué un maigre rôle dans les efforts menés à travers le monde pour répandre l’hygiène, la santé et le bien être dans le monde. Nous disposons de plus de 500 lois, traités internationaux et accords régionaux embrassant tous les sujets de la couche d’ozone à la protection des mers et des océans. La plupart, si ce n’est tous les états, ont promulgué des lois relatives à la gestion de l’environnement, mais à défaut de vouloir les respecter, à défaut de les faire passer en force, ils, elles, ne sont rien de plus que des symboles, des jetons, des tigres de papier »

Alors ONG et associations peuvent bien s’agiter et démener sur le terrain pour panser les plaies les plus indécentes. Paradoxalement, hors des exigences globalisantes du marché et de la finance, les politiques globales en matière d’environnement, de droit social et de développement durable ne parviennent pas à s’institutionnaliser. Face à un état de déliquescence généralisée, le combat des ego, les conflits d’intérêts, dispersent les énergies, empêchent d’organiser une vision d’ensemble et de hiérarchiser les urgences. Surtout, personne n’entend faire les frais des renoncements nécessaires et personne ne semble vouloir s’avouer  que, faute d’être en prise avec la profondeur des  crises qui se profilent, les solutions du passé voire du présent, ne sauront probablement pas celles de l’avenir.

  • Compte tenu des réserves de pétrole officiellement répertoriées, d’ici à 2020 les producteurs du Proche Orient devront pouvoir couvrir 60% de la demande planétaire alors qu’à elle seule la Chine aura multiplié sa demande par 7.
  • alors que  les réserves d’eau ont passé de 17000m3 à 9000 m3 par habitant, 2 milliards d’hommes, soit un tiers de la population mondiale sont déjà dépendants des eaux souterraines. I milliard n’a pas accès à l’eau potable et 2,5 milliards souffrent périodiquement de stress hydrique (en dessous de 20 litres/jour).
  • Il faut 750l d’eau pour fabriquer une rame de papier, il en faut 3500 pour produire  8kg de riz ou 25 kg de blé. Afghanistan, Pakistan, Inde, Chine, Iran Israel, Jordanie, Syrie… d’ici à 2020 40% de la population mondiale vivra dans  des pays incapables de couvrir les besoins en eau et en nourriture de ses habitants.
  • On estime qu’en Chine le budget militaire équivaut à deux fois ceux confondus de la santé et de l’éducation. au Pakistan deux fois et demi, en Inde une fois et demi.

La litanie des chiffres serait sans fin. Elle  trace sournoisement les contours des tragédies en marche. Alors comment ne pas penser à ce sinistre avertissement de l’ethnologue Claude  Levy-Strauss «  en devenant trop nombreuse et malgré le génie de ses penseurs,une société ne se perpétue qu’en secrétant la servitude. Lorsque les hommes commencent à se sentir à l’étroit  dans leur espace géographique, social et, mental, une solution simple risque de les séduire : celle qui consiste à refuser la qualité humaine à une partie de l’espèce… »(Tristes Tropiques, ‘TERRE HUMAINE, Plon, p169)

 

SEPTEMBRE 2009

« BOUILLON BRULANT » est enfin terminé, numérisé et désormais  installé  en ligne. (TheBookEdition.com)

Ironie du sort, solitude des vieux, enfermement familial, racisme, délinquance…  Autant de sujets pour ces nouvelles grinçantes ou amères qui, par delà la bêtise ou l’ordinaire  cruauté du  fait divers,   entendent dénoncer ce que j’appelle les grands et petits assassinats de nos existences.

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