Hors-série

__________PETITS POEMES________

En chemin

La petite fille a mis sa robe blanche.

Elle piétine

Le lézard,

Le lézard tout écorché,

Le lézard tout plat, qui ne bouge plus

Sous le soleil.

Comme d’habitude.

.

La petite fille a mis sa robe rose.

Elle regarde

La fleur,

La fleur toute barbouillée de terre,

La fleur si blanche, qui était si jolie.

Renversée par l’orage.

Tant pis.

 .

La petite fille a mis sa robe bleue.

Elle écoute

Les gens,

Les gens tout en noir,

Les gens venus voir grand papa, qui est parti.

Là-bas.

Très loin.

 .

La petite fille a mis sa robe mauve.

Elle ramasse

L’oiseau,

L’oiseau tout froissé sur la neige blanche,

L’oiseau ébouriffé, qui ne chantera plus.

Pourquoi ?

 .

La petite fille a mis sa robe grise.

Elle caresse

Le chat,

Le chat tout froid,

Le chat si doux, qui l’écoutait,

En ronronnant.

Son chat.

Pourquoi ?

 .

La petite fille a mis sa robe sage.

Elle dépose

La rose,

La rose de chagrin ,

La rose de l’adieu, sur le cercueil qui emporte,

Grand-Maman.

Pour toujours.

 .

La petite fille a mis sa robe d’âge.

Elle referme

La fenêtre, la porte,

La fenêtre et la porte de la maison,

La maison trop vide, qui n’entendra plus maman gronder,

 .

La petite fille a mis sa robe noire.

Elle tient

La main,

La main toute tremblante,

La main de la vie qui la quitte.

Son amour.

Sa vie.

 .

La petite fille a mis sa robe de sommeil.

Lézard, fleur et oiseau.

Elle a retrouvé grand papa.

Elle a retrouvé grand maman.

Et son amour murmure :

Je t’attends,

Là-bas,

Dans le silence.

Salutations

Il fait neige, il fait gris, il souffle froid, il souffle triste

Et coule le soleil, goutte à goutte, au rivage des nuits glacées

Et rêve l’oiseau perché au bord de l’hiver

Et craque le givre aux bourgeons des lilas

Et frémit l’été accroché aux ramures du printemps.

Bonjour !

Comment allez-vous

Ça va

Ça va

Comme il faut

Comme il peut

Comme il doit

Ça va

Ça va

Et du ciel mouillé à faire pleurer les arbres,

Et de la ville affairée et maussade,

Et de la foule au mètre, au kilo

Et du temps, à l’heure, en retard, en panne

Et discours, à l’étage

Et motion, en trente exemplaires

Et huile et sucre, en promotion

Bonjour !

Comment allez-vous

Ça va

Comme il faut

Comme il peut

Comme il doit

Ça va

Ça va

 

Il fait guerre

Là-bas

Il sanglote

Ici,

Parfois,

Au regret des amours

NOIRS HORIZONS

Triomphe des bons, enfer des méchants

On veut croire, il faut croire

A la vertu des promesses, à la promesse des serments

Promesse, serments

Promesses fossiles

Serments brouillons

Brouillons traités, brouillons résolutions,

Espoir   et poussière, froissés, empilés, piétinés.

Triomphe des bons, enfer des méchants

Foules en vivats, urnes et bannières des paradis désenchantés

On veut, il faut, croire,

Encore, aveuglément,

Aux meutes apaisées, aux tyrans déboulonnés, aux peuples convertis,

On veut, il faut, écraser,

Ecraser, la chose, la chose suante de haine incrustée dans les cerveaux.

Guerre, guerre !

On ferme les portes, on ferme les fenêtres.

Guerre, guerre

On ne veut pas, il ne faut pas, entendre.

Guerre, guerre !

Il pleut la mort dans les champs d’ailleurs,

On moissonne,

Au fond des tranchées, au fond des charniers,

Les corps éventrés, les enfants mutilés,

Et sanglotent les sables d’Arabie, les jungles du Pacifique.

Loin la guerre !

Loin les larmes !

Les larmes, la guerre c’est là-bas, c’est ailleurs,

Pour les autres,

Dans une autre langue,

Dans une autre histoire.

Guerre, guerre !

On ferme les yeux

On additionne, on retranche, on divise,

Mentalement, lâchement

Les damnés, les nantis,

Le poids des armes,

Pour se défendre évidemment.

Intégrisme, fanatisme, totalitarisme

Il faut chasser les mots, exterminer les mots

Les mots clameurs des berceaux éventrés,

Les mots fureur des rêves dépossédés,

Les mots fantômes des terres assassinées

Il faut monter les digues, dresser les remparts

Il faut fermer les livres

Il faut déchirer les pages,

Les livres, les pages,

Les gloires incendiaires, les vendanges volées aux siècles saccagés

Il faut fermer, oublier, les livres et les pages.

Guerre, guerre !

Le temps s’est retourné